
Après le pétrole, les perturbations dans le détroit d’Ormuz menacent l’approvisionnement alimentaire : la Chambre de commerce internationale évoque une hausse des céréales jusqu’à 80%. Les engrais manquent et les pays importateurs sont les plus exposés, tandis que le passage sécurisé reste bloqué faute d’accord entre Washington et Téhéran.
Les prix des céréales pourraient augmenter jusqu’à 80 % si les restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz persistent. C’est l’avertissement lancé par John Denton, secrétaire général de la Chambre de commerce internationale, dans un entretien publié le 5 octobre par le Wall Street Journal. Après des mois de conflit, les difficultés d’approvisionnement en engrais menacent désormais les récoltes.
« Les gens perçoivent la situation dans le détroit d’Ormuz principalement sous l’angle des combats entre les États-Unis et l’Iran. […] Mais le principale problème est celui de la situation des engrais », a déclaré John Denton.
Les pays dépendants des importations en première ligne
Environ un tiers des livraisons mondiales d’engrais transitent par ce passage. Selon Denton, les capacités disponibles ont reculé de près de 40 % depuis les perturbations du trafic, privant le marché de 2,7 millions de tonnes d’engrais. Le choc ne s’arrête pas aux cargaisons immobilisées : il touche les producteurs agricoles qui en dépendent pour leurs cultures.
Les économies en développement et émergentes seraient les premières frappées par la hausse des prix alimentaires. Les Philippines, qui importent environ 90 % de leurs engrais, sont particulièrement vulnérables. Le renchérissement du pétrole a jusqu’ici concentré l’attention, mais Denton appelle à prendre aussi en compte le risque de pénuries alimentaires.
D’autres difficultés s’ajoutent à celles d’Ormuz. Le quotidien américain mentionne les perturbations récurrentes en mer Noire et les conditions météorologiques extrêmes liées à El Niño, susceptibles de compromettre les récoltes et d’accentuer la hausse des prix.
Un dispositif prêt à avancer, mais bloqué par l’impasse diplomatique
La Chambre de commerce internationale participe au groupe de travail de l’ONU chargé de chercher une solution pour rétablir le trafic dans le détroit. Avec les agences onusiennes et l’Organisation maritime internationale, elle travaille à un mécanisme temporaire de passage sécurisé des navires.
Ce dispositif prévoit une surveillance du trafic, des inspections, une assurance maritime et des procédures permettant d’organiser les traversées. Selon Denton, il bénéficie du soutien de nombreux États membres de l’ONU, notamment en Asie du Sud-Est.
Son déploiement reste pourtant suspendu à un accord politique entre les États-Unis et l’Iran. En l’absence d’entente, les mesures destinées à faciliter l’acheminement des engrais ne peuvent toujours pas être mises en œuvre.
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